Triptyque

L'instinct
de rester

Sur la présence — et sur ce qui, d'un soin,
ne s'oublie jamais.

Στοργὴ τῆς παρουσίας

l’affection naturelle de la présence

Une nuit dans une chambre de tatami : un homme aux cheveux d'argent, agenouillé en kimono sombre, tend une paume d'où s'élève une lumière bleue au-dessus d'une jeune femme endormie.
ILe soin

Il a déposé le guerrier à la porte.

Ce qu'il reste, quand on n'a plus rien à vaincre,
c'est cette main ouverte au-dessus d'un sommeil.

Pas pour prendre. Pas pour guérir.
Pour rester tourné vers elle,
entièrement,
comme on ne l'est presque jamais.

Au réveil : la jeune femme est assise, apaisée, une larme de sérénité sur la joue, souriant à l'homme aux cheveux d'argent assis près d'elle ; des étincelles diffuses flottent dans l'air nocturne.
IILe réveil

Au matin, elle ne saura pas nommer ce qui l'a soignée.

Ni la lumière, ni le geste — tout cela s'efface.
Restera seulement ce que l'on n'oublie jamais :
la manière dont on nous a fait sentir
que nous n'étions pas seuls.

Et si une larme vient,
elle ne pèse rien.
C'est juste le cœur qui déborde d'avoir été veillé.

C'était ça, l'énergie.
C'était quelqu'un qui a choisi de rester.

Avant l'aube, la jeune femme aux cheveux noirs en yukata gris-bleu est agenouillée près d'un futon ; elle tend une paume ouverte d'où monte une lumière bleue au-dessus d'un enfant endormi. Une étincelle d'argent flotte dans l'air, l'horizon commence à tiédir.
IIILe relais

Elle n'a rien gardé pour elle.

Ce soir, c'est elle qui se penche vers un sommeil —
la même main ouverte, la même lumière basse.
Elle ne se demande pas d'où ça lui vient.
On ne se demande pas d'où vient un souffle.

Une étincelle d'argent flotte encore près d'elle,
un peu de ce qu'on lui a donné —
elle ne le retient pas.
Elle le laisse passer par sa main.

Personne ne le lui a appris.
C'était devenu, en elle,
l'instinct de rester.